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La nature déchaînée
Pour Hermann, la nature ce n'est pas des champs avec des coquelicots ou des paysages reposants et paisibles, mais des falaises abruptes, des terrains marécageux, des arbres difformes ou une forêt avec des souches, des pierres, de la boue... Ces paysages sont parfois angoissants, mais ils sont bien plus réalistes. Hermann a souvent demandé à Greg certaines interventions des forces naturelles, en particulier des forces destructrices qui échappent au contrôle de l'homme. On réalise ainsi que les œuvres de l'être humain sont fragiles et à la merci des caprices de la nature. Certains lieux du globe, prouvent que la nature y est encore vierge, car la vie humaine y est quasiment impossible. On le comprend avec des zones de forêt vierges inhabitables, infestées de moustiques (La frontière de l'enfer, Guérilla pour un fantôme), des étendues gigantesques de désert balayées par des vents de sable (L'oasis en flamme) ou des étendues envahies par le froid et recouvertes à pertes de vues de glaces (Le port des fous)
La fournaise des damnés [Visionner l'illustration] est splendide. Elle décrit avec exactitude un incendie gigantesque et effrayant. Les flammes sont démesurées et on plonge dans un véritable brasier. L'odeur du brûlé et des cendres est omniprésente. C'est dépeint avec une telle majesté que l'on ressent la chaleur intenable dégagée par l'incendie.
Un volcan en éruption est mis en scène dans Le souffle de Moloch. Il se met à fumer, annonçant son éruption prochaine. L'éruption est grandiose : c'est dans des éclats rougissant que le volcan en colère projette sa lave dans les airs. Elle coule lentement sur les flancs du volcan en dévastant tout sur son passage. La langue rougeâtre englouti inexorablement le village [Visionner l'illustration].
La loi de l'ouragan, nous présente une murène gigantesque qui empêche une pêcherie de perle d'exploiter les eaux. Un ouragan furieux est annoncé. Le vent se lève et se transforme en une tempête incontrôlable. Les eaux forment de gigantesques vagues qui viennent s'éclater contre l'île. Puis dans un bruit inouï, l'ouragan s'abat sur l'île avec une fureur sauvage et démesurée. Il sème la panique et la destruction, ravageant tout sur son passage. Une fois l'ouragan éloigné, l'île prend des allures post-atomiques. Les arbres sont arrachés, tout est à reconstruire [Visionner l'illustration].
Le port des Fous se déroule dans le Nord du Canada. La neige et le froid sont omniprésents. Le bateau est immobilisé par la glace. Le froid semble ralentir toute vie qui soit. Attiré par la drogue qui est cachée dans le bateau, nombreuses sont les personnes qui s'approchent du cargo. Cette contrée, normalement déserte, devient soudain très animée. Afin de survivre, les loups dévorent la dépouille d'un des marins. L'aventure évolue dans la crasse et la saleté. On voit des rats, on imagine respirer une odeur putride. Le feu acquiert une importance vitale : le policier et le malfrat se réuniront autour du même feu afin de survivre. Tous s'allieront afin de faire fonctionner le bateau [Visionner l'illustration].
Guérilla pour un fantôme débute par l'explosion saisissante d'un bateau de plaisance. Par chance, le président sort indemne de cet attentat. Il entend à la radio que le général Mendoza a pris la direction du pays ; il est victime d'un coup d'état. Afin de ne pas se faire repérer par les soldats de Mendoza qui viennent faire un bilan sur le lieu du drame. Le président, ses hommes, Bernard Prince et ses amis s'échappent à travers la jungle dense et humide. Ils se retrouvent dans des marécages putrides. Ils doivent lutter contre des indigènes, les Quebracheros [Visionner l'illustration].
Pour une aide humanitaire, Barney doit convoyer, dans l'oasis en flamme, des médicaments à travers le désert. Arrivé à une oasis, il tombe dans un guet-apens tendu par Rahad Sadji, car celui-ci sait que les caisses contiennent aussi des stupéfiants. Séquestré, Barney veux s'échapper. Il met le feu à la réserve d'essence créant ainsi un incendie impressionnant. Bernard Prince et Djinn viennent à sa rescousse. Poursuivis, ils tentent de s'échapper à travers le désert, mais une tempête de sable se lève. Etouffante, la tempête fait tournoyer le sable. Le vent siffle de manière oppressante et ininterrompue. Puis, le calme revient…[Visionner l'illustration]
Aventure à Manhattan ne nous fait pas évoluer dans une forêt vierge, mais dans la jungle urbaine. La nature a été dominée par la mégalomanie de l'homme, et l'île à été recouverte par des gratte-ciels impressionnants et gigantesques. Le béton est omniprésent, il a colonisé toute l'île. Les dimensions des bâtiments sont démesurées.
Djinn a disparu ( Tiré de : Bernard Prince d'hier et d'aujourd'hui) se déroule dans les égouts de la ville. On voit l'histoire évoluer dans la saleté et les immondices [Visionner l'illustration].
L'alliance de certains ennemis avec la force de la nature.
Dans la frontière de l'enfer, le général Satan tend un piège démoniaque à Bernard Prince et Barney. Corrompue, la police de Lao-Todang, les accuse d'un meurtre. Ils sont conduits au pénitencier de Suang Bay, qui a la réputation d'être le bagne le plus inhumain du monde. Le directeur de ce bagne est un pervers doté d'un sadisme incroyable. Ils parviennent à s'évader, ce qui d'ailleurs était prévu, et ils courent droit à leur perte. Ils s'élancent dans une jungle marécageuse d'où émane des odeurs pestilentielles. La lumière y est filtrée. Les marécages sont peuplés de crocodiles et envahis de moustiques [Visionner l'illustration].
Dans la flamme verte du conquistador, Tuxedo, le pillard local, va amener Bernard Prince et ses amis dans un piège machiavélique. Il les oblige à rester au milieu du « disque des aveugles ». A la levée de la brume, la lumière est réfléchie par les cristaux que contient le sable, ainsi la chaleur devient intenable. La lumière est réverbérée et ils risquent de devenir aveugles, assoiffés et fous. Sadiquement, les hommes de Tuxedo empêchent Barney de partir, car ils veulent les voir agoniser à petit feu. L'exécution prend des allures de jeu macabre.
Moukh, le redoutable maître de la forteresse des brumes, s'amuse avec Bernard Prince et Barney, car il connaît la montagne comme sa poche. Il est imprenable [Visionner l'illustration].
Manipulé ?
Bernard Prince est l'objet de manipulations. Il fait souvent figure d'un pion sur un échiquier. Il est comme un pantin. Les raisons réelles du conflit lui échappent.
Des militaires l'obligent à ravitailler un fort, en lui séquestrant son permis de cabotage (Le général Satan). Un riche homme ressemblant à Barney, profite des ennuis financiers de Bernard Prince pour le convaincre à accepter sa proposition (Aventures à Manhattan). Un président déchu se sert de lui pour reconquérir le pouvoir (Guérilla pour un fantôme). On séquestre le Cormoran afin de tirer un obus dans la piscine de Duke Sébastian, un riche mafieux (Objectif Cormoran).
L'évolution de Bernard Prince et des femmes.
Selon l'opinion de Hermann, Greg était plus un scénariste de situation et ne s'attardait pas suffisamment sur les relations humaines. Les machinations politiques ne sont pas très subtiles. (Par exemple, Van Hamme va beaucoup plus loin dans ses histoires.)
Souvent la femme sert de faire-valoir, tel Jennifer Moran, (La Passagère (Bernard Prince d'hier et d'aujourd'hui)), fille capricieuse d'un milliardaire qui croit qu'avec l'argent elle peut tout avoir. Bernard Prince lui fait la morale. On ressent aussi que la présence, de Crystal (La loi de l'ouragan) n'est pas indispensable. Bernard Prince n'exprime pas la moindre attirance pour cette délicieuse demoiselle.
Sur la vie sentimentale de Bernard Prince, Greg n'a levé qu'un tout petit coin du voile. Le souffle de Moloch, nous expose une scène où Bernard Prince va retrouver une petite amie, Lola. Hermann aurait aimé aller plus loin, comme montrer un début de scène de déshabillage, mais Bernard Prince s'empresse de la quitter pour résoudre le vol de son bateau. Cette demoiselle correspond tout à fait à la femme objet.
L'otage (Bernard Prince d'hier et d'aujourd'hui) nous présente enfin la copine de Bernard Prince, Mélanie. Ils se comportent comme de jeunes amoureux et se bécoteront sous le regard ennuyé de Djinn [Visionner l'illustration]. De par son comportement on réalise qu'elle est un peu nigaude, elle est d'ailleurs complètement dépassée par les évènements. Elle n'intervient pas dans l'action.
Une pointe d'insolite
Hermann n'est quasiment jamais intervenu dans les scénarios de Bernard Prince, il émet juste des vœux ou des désirs, telle l'idée de la nature destructrice. Parfois il a tout de même fait sentir son malaise quant aux réflexions lapidaires et grinçantes de Greg. Au début il était ébranlé, mais n'osait pas le faire savoir puis il le glissait discrètement à Greg, qui changeait le texte [Visionner l'illustration]. (Dans Les Pirates de Lokanga (p. 1), la remarque de Bernard Prince sur l'art africain est persifleuse : « Et si tu l'achètes, l'expression de mon visage ne sera pas mal non plus ! […] A l'art, peut être… Aux naïf, grâce à toi j'apprends »)
Hermann fait tout de même un gag insolite, voire absurde. Dans Tonnerre sur Coronado, à la planche 10, on voit Barney ramasser son coussin. Greg fait échapper Jordan de la propriété de Bronzen dans son pyjama et avec son oreiller. Hermann lui suggère de le lui faire garder jusqu'à la fin de l'aventure. Ce qu'il fait. Hermann a imaginé de lui faire trimbaler cet oreiller tout au long de l'aventure, tel un type qui, sortant de chez lui le matin, se rendrait à son boulot en gardant sa poubelle à la main !
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