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Une œuvre réaliste et satirique :
La saga " Jérémiah " à l'allure futuriste, est en prise directe sur notre monde actuel et ses problèmes. : Les Noirs, les Indiens, le racisme, l'esclavagisme, la drogue les sectes, le racket, la corruption de la justice, la mise en liberté des assassins et des pédophiles, la peine de mort, l'électoralisme, et j'en passe. Les communautés sont toujours isolées, car il n'y a pas de liaisons entre elles. Les échanges restent modestes. Elles sont souvent dirigées par un leader qui abuse de son pouvoir. Souvent, lorsque plusieurs chefs se partagent une société, ils le font grâce à un jeu équilibrant. On comprend que " les requins ne se bouffent pas entre eux ". Parfois, lorsque les intentions du chef sont justes, on réalise rapidement qu'il se fait seconder et manipulé par une âme damnée. " Du pain et des jeux ". Voilà ce que désire le peuple. Le jeu se démarque par deux tendances :
Il distrait la populace, mais permet de ramener l'argent au leader. Souvent le pouvoir est équilibré grâce au jeu. Dans La ligne rouge chaque clan a son champion de catch, et chaque match met en jeu un pourcentage du racket. Le perdant du match est condamné à mort par son clan.
Le jeu se fait rite, lorsqu'une secte est au pouvoir. Dans Strike, Le patron de la salle de bowling fait du rabattage. Il livre des fillettes à un gourou. Celui-ci les drogue, leur lave le cerveau avant d'en abuser sexuellement.
Esthétique hyperbolique et dérision :
Dans la majorité des histoires, les décors sont somptueux et originaux. Ils signent la démesure et la mégalomanie des leaders déments.
Je pense à la cathédrale d'eau dans Simon est de retour, la statue dans Alex, le richissime couvent dans Strike, ou la cage aux oiseaux du chef " félinien " de La nuit des rapaces. Ces décors sont souvent baroques, clinquants, imitant, voire parodiant ce qui s'est fait dans l'histoire, et cela confère une dimension satirique.
Le personnage Caesar dans Ave Caesar est un grotesque et dérisoire avatar des empereurs romains. Il met des habits tyroliens en croyant que César les portait. L'hyperbole est remplie de gags.
Dans Trois motos... ou quatre, on atteint le sommet de la dérision, avec en dernière page un gag dérisoire. Winston, malheureux cul-de-jatte à la mémoire défaillante, ne se souvient plus qu'il a offert à sa fiancée, Daisy, (qui vient de perdre ses deux jambes dans un règlement de compte) ... une superbe paire de bottines… [Visionner l'illustration] Hermann force son humour noir ou son cynisme avec l'illustration qui clôt l'album. On y voit Daisy, dans la célèbre position de Marilyne Monroe, sur une bouche d'aération qui soulève sa robe de mariée découvrant deux prothèses grossièrement fabriquées sous le regard amusé de Winston qui est dans sa chaise roulante.
Corps, sexes impudiques :
L'univers est dur viril et grossier. On ne craint pas les " pisseurs " par exemple ! Ce thème est repris plus d'une dizaine de fois. Souvent, l'action se déroule dans les urinoirs, (Boomerang, Strike...). Parfois, c'est un pigeon qui lâche sa fiente dans le verre de Kurdy, ou une personne qui se voit contrainte de vomir. Cela représente la nausée et le dégoût du monde. Les armes constamment présentes, transcrivent l'indépendance et la virilité de l'homme.
Les hommes n'ont besoin des femmes que pour " baiser ", alors que les femmes sont dans la recherche du romantisme.
Notons que dans le récit, Jérémiah est plus gentil, plus inhibé, mieux éduqué. Il tombe amoureux de Cheryl (Un cobaye pour l'éternité) [Visionner l'illustration] et surtout de Lena mais il préfère l'aventure, et se rends compte que l'amour avec elle est impossible.
Les déguisements montrent l'insécurité et l'apparence. En plusieurs fois Kurdy se travesti afin de rentrer impunément dans les lignes ennemies. Les comploteurs sont aussi masqués (Boomerang, Julius et Roméa) et les leaders, eux aussi, se déguisent ou se maquillent. (La nuit des rapaces)
Violence et le mythe de Sisyphe :
Le monde " post-atomique " est moins structuré, ce qui conduit indéniablement à une violence quasi omniprésente. On tue avec toutes les armes possibles, on étrangle, on immole, on électrocute, on se fait attaquer par des guépards [Visionner l'illustration], on tue aux armes à feu, au couteau, à la scie à disque, avec un marteau, on pend, on crucifie, on jette dans le vide, on torture, on fouette. On humilie en pissant sur les souliers ou en coupant les cheveux. Le pardon n'est guère pratiqué, car il faut savoir se venger.
Dans bons nombres d'aventures, le tyran est renversé, on tue un ou deux sbires, on sauve les soumis de l'esclavagisme. Mais rapidement une structure se reforme derrière le héros, et un autre tyran prend la place du premier, ou le même reste au trône et ça continue. Dans les dernières aventures, on réalise que les chefs sont intouchables, ce sont toujours leurs sbires qui payent. Les héritiers sauvages présente bien le cas du dictateur détrôné. On pense que la justice triomphera, mais Jérémiah comprend rapidement que les victimes ne se comportent pas mieux que leur tyran. Il y a juste les rôles qui ont changé [Visionner l'illustration].
Nature et civilisation :
Un contraste est très présent entre les constructions urbaines et la nature sauvage. On voit des aires modernes : des gratte-ciel, des laboratoires à savants fous, des hameaux fortifiés, des secteurs industriels en abandon… La nature est dépeinte par des campagnes désertiques, des marécages, des forêts habitées par des animaux, des déserts brûlants [Visionner l'illustration]. Aucun volume n'est dépourvu de son incendie, de ses flammes, de ses explosions, c'est la force de la destruction à l'œuvre afin de nous rappeler la violence du monde et de la société. (Dans Strike, on voit la petite vieille, qui venge sa petite-fille séduite par le gourou en faisant sauter la voiture de celui-ci.)
Les sectes :
Le thème de religieux fanatique le hantait depuis longtemps. C'est le suicide collectif de la secte Jones, au Guyana, qui fit le déclic chez Hermann. La dépendance des ouailles envers leur gourou manipulateur est très forte dans la Secte. On ressent un climat fantastique combiné avec des éléments réelles, comme ces mannequins, reproduisant les victimes de la secte, que l'on devine dans le brouillard, avec les torches qui brûlent et les bouts de tissu qui pendent. Une extrême violence plane, car les personnes qui ne veulent pas rentrer dans le mouvement sont exécutées. Une scène mérite le détour : un père de famille reconduit les deux disciples d'Inemokh (anagramme de Khomeni) et se fait poignarder dans le dos [Visionner l'illustration]. On ne voit pas les types frapper, ni le sang couler, et pourtant c'est d'une violence inouïe.
Dans Strike, Hermann nous présente un pervers qui drogue ses victimes afin d'en abuser.
La pédophilie :
Lors d'une interview, Hermann a déclaré : " Il y a quelques années, à Liège, un homme a violé et tué un enfant. Parce qu'il était malade et déclaré irresponsable par les psychiatres, il a été enfermé dans une clinique psychiatrique. Un peu plus tard, il fut libéré, et juste dix jours après, il recommence : un autre enfant, un nouveau viol, un nouveau meurtre. Ce voyou n'aurait jamais dû être libéré " Hermann est révolté par de telles décisions, et il trouve que l'on devrait exécuter impunément de pareils monstres. Dans Simon est de retour, Sikorsky est un excentrique fortuné, qui vit grâce à son commerce et sa production illégale d'héroïne. Il réussit, grâce à de bons avocats, un excellent psychiatre et beaucoup de " fric ", à faire libérer de prison Simon, son frère, accusé de pédophilie. Kurdy abattra Simon sans pitié (car il a peint la mule de Kurdy en jaune !), avant de liquider le psychiatre. Kurdy exécute les pensées d'Hermann.
Les meurtres de Jérémiah :
Dans les premières aventures, Jérémiah ne tolère pas que l'on tue. Il se fait fourvoyer par une justice qu'il croit juste. Une scène de La nuit des rapaces nous le démontre bien. Alors que Kurdy se fait torturer, Jérémiah menace les agresseurs de son fusil, mais il n'ose tirer sur le tortionnaire. Il tire à plusieurs reprises à côté de celui-ci [Visionner l'illustration]. Menacé, il tue involontairement un indien d'un coup de point. Puis, dégoûté par le monde, il accepte de tirer en état de légitime défense. C'est une ascension justicière, en quelque sorte.
Dans les derniers albums, il choisit le meurtre, même quand une solution moins drastique est possible. Voici trois exemples :
La ligne rouge Il tire sans merci une balle en plein cœur du catcheur.
Trois motos... ou quatre Il tue un bandit avec un marteau [Visionner l'illustration].
Le cousin Lindford Il ne se gênera pas de faire un piège mortel à son poursuivant.
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