|
En 1982, Hermann reconnaît dans une interview (Hermann, édition Alain Littaye ), qu'il lui arrive d'avoir un caractère excessif parce qu'il y a parfois une très grande violence en lui, et qu'en 1975, sous le pseudonyme de « Hair Mann », il avait ressenti le besoin de raconter une histoire cruelle. C'était peut être sa crise d'adolescence…
A cette époque, Il haïssait par dessus tout les criminels et les crapules, envers lesquels on montrait beaucoup de commisération et d'indulgence. Il trouvait incroyable qu'on s'attendrisse devant des criminels mais qu'on ne fasse rien pour aider les gens qui étaient dans une misère noire. Il sentait bouillir cela en lui, bien qu'il soit complètement hostile aux actes de violence, lorsqu'ils sont dirigés contre des innocents. Il se voyait dans la nécessité de raconter une histoire à la « Charles Bronson » (c.f. le film « Un justicier dans la ville ».
Il s'est inspiré de l'assassinat de 5 personnes en 1969 à Bel-Air (Californie), dont Sharon Tate. Et dans le cadre d'une situation analogue, Hermann imagine une fin où l'on voit les assassins exécutés à leur tour par le héros justicier. Mais, ce jeune homme était obligé de tuer pour sauver sa peau.
Hermann pensait qu'il allait créer une série avec ce jeune homme comme héros, mais quand il est arrivé au bout de cette première histoire, il n'a plus éprouvé le besoin de poursuivre dans cette voie. Il l'affirmera d'ailleurs : « La violence c'est comme les histoires de cul : on en a vite fait le tour. »
De prime abord, on peut penser qu'Hermann a pris son pied dans la réalisation de ces dix planches où la violence met le cœur au bord des lèvres [Visionner l'illustration]. Et l'on se tromperait lourdement. Il devait raconter une histoire féroce car il portait ça en lui et il fallait que cela sorte !
Même si dans cette histoire, on ne détecte pas de message, il y a en tout cas une opinion, celle de l'auteur : la réalité est plus atroce que la fiction, et ici, la secte satanique de Charles Manson, bien réelle, est encore plus abjecte que les personnages pourtant bestiaux imaginés par Hermann [Visionner l'illustration]. Quant à cette réalité, pourquoi en masquer l'horreur ? Pourquoi l'ignorer ? Ce que dit Hermann, caractère entier, par l'intermédiaire de ces dix planches, c'est son désaccord, c'est ce qu'il ne cesse de raconter à travers toutes les histoires qu'il a écrites et dessinées : « Voilà les acteurs, voilà ce qui se passe, et voici comment je réagis ». On approuve ou non.
Aujourd'hui la violence a tendance à disparaître de ses récits, ou à se faire plus discrète, même s'il subsiste une tendance latente.
On remarque dans cette histoire le premier pas qui le rapprochera de la réalisation sa série « Jérémiah ». C'est en quelque sorte sa première ébauche d'un monde impitoyable.
|
|