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« Vous connaissez les héros de nos histoires, vous lisez nos rubriques et nos articles. Mais, très souvent, vous nous posez des questions sur leurs auteurs : ces dessinateurs, ces scénaristes, qui sont-ils au juste ? Comment vivent-ils ? Quelles sont leurs goûts, leurs idées ? Ils ont gentiment accepté de se soumettre, pour vous au supplice de la question. Nous vous présenterons tous ici, tour à tour. Aujourd'hui, voici Hermann » (Journal de Tintin - 1969)
Bonjour, Hermann… C'est votre vrai nom ?
Mon prénom, oui… Il n'est pas si courant, j'ai cru pouvoir en faire ma signature. Si vous le voulez bien, j'aimerais garder mon nom de famille pour d'autres productions que le dessin.
Ah ? Parce qu'il n'y a pas que le dessin ?
Ne vous méprenez pas, je voulais parler de mon fils Yves (deux ans)… Et puis, que voulez-vous ? Même les dessinateurs, phénomènes farfelus s'il en est, doivent en certaines occasions se conduire normalement dans la vie. C'est dans ces moments-là qu'on fait la différence entre le pseudonyme ou la signature qui paraît dans « Tintin » et l'identité du citoyen…
Nous nous en tiendrons donc à « Hermann ». Prénom qui nous laisse deviner que vous êtes né plutôt à l'est, non ?
Si. Il y a trente ans. Mais de ce côté-ci de la frontière, j'insiste. Je suis bien de chez nous : J'ai d'ailleurs pu le vérifier parce que, très jeune, je suis parti tenter ma chance au Canada, où je croyais me fixer. Eh bien ! J'ai eu le mal du pays, et j'ai fini par revenir (après avoir visité les Etats-Unis, ce qui m'a bien servi par la suite pour certains décors des aventures de Bernard Prince… Voyez « Aventure à Manhattan » : c'est du vécu !).
D'autres voyages encore ?
L'Espagne, la Grèce, l'Italie, la Yougoslavie… J'aime « rouler ma bosse » et apprendre à connaître les gens, les systèmes de vie… C'est mon côté « Barney Jordan ». On dit que je lui ressemble même au physique d'ailleurs, mais c'est une calomnie. Il est roux !
Disons qu'il subsiste un petit air de famille… La corpulence, peut être…
Non mais dites donc ! Je suis admirablement proportionné : 1 mètre 73 pour 74 kilos… Enfin, quand je me surveille… Dites-moi, en cherchant bien, vous n'auriez pas de meilleures questions à me poser ?
Heu… Eh bien : avez-vous toujours été dessinateur ?
Non, j'ai d'abord été nourrisson.
Je précise. Vos premiers dessins sont apparus dans « Tintin » en 1966… Mais immédiatement avant cela, que faisiez-vous ?
De l'architecture, de la décoration d'intérieur… C'était dans cette voie que je croyais me diriger, à Montréal. J'en ai encore tâté après mon retour, mais je crayonnais des « bonshommes » pour m'amuser. Or, je possède un beau-frère qui, à l'époque, présidait aux destinées d'une revue pour scouts. Il a eu l'idée de m'y faire dessiner une sorte de parodie de bande dessinée, dans un numéro spécial consacré à la presse des jeunes…
Vous y avez pris goût ?
Involontairement : ce machin est tombé sous les yeux de Greg, qui a recherché l'auteur de cette œuvre d'art immortelle… L'Homme avait une idée de scénario en tête, et cherchait un inconscient pour illustrer. J'ai été cette victime, et le scénario était celui des « Pirates de Lokanga », la première aventure de Bernard Prince. Voilà.
Vous avez aussi réalisé les dessins de nombreuses « histoires vraies ».
Il faut bien vivre. Et puis, j'y ai appris des choses, et je vous ai dit que j'étais curieux de tout…
Vous lisez donc, vous courez les spectacles ?
Je les choisis, nuance ! Je suis du genre « ciné-club » si j'ose dire. Et j'ose. Côté bouquins, mes goûts vont vers Kessel, Giono, Camus, Hougron…
Vous êtes sportif ?
En imagination seulement… Pas le temps !
Votre petit plat préféré ?
Les sardines à la confiture. Avant, j'avais mauvais goût.
Vous aimez la bande dessinée ?
Vous aimez les interviews idiotes ?
Au revoir, Monsieur Jordan… Heu ! Pardon !… Hermann !
Tintin n° 1065, 21ème année, © mars 1969
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